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BOURSE DU TRAVAIL de Bordeaux - « Le triste palais des ouvriers »

mardi 20 février 2007 par webmestre

Nous publions ici un article de Sud-Ouest du 20.02.2007


BOURSE DU TRAVAIL. — Ce patrimoine culturel vivant souffre du poids des ans et d’une réhabilitation tardive. Les usagers s’inquiètent de ce retard et d’un manque de communication avec la mairie. Visite.

Le triste palais des ouvriers : Francis Schwarz

La Bourse du travail, inaugurée le 1er mai 1938, emblématique bâtiment Art déco, dresse sa masse grisâtre cours Aristide-Briand. En souffrance depuis des années, elle fait peine à voir. Des travaux importants ont bien été réalisés en 2003-2004 pour la mettre hors d’eau. Depuis, plus rien. Comme dit François Papiau, administrateur CGT en charge du dossier, « depuis la visite de Juppé en 2004, rien ne bouge. On ne sait même pas où en est le dossier ». Luc Paboeuf, secrétaire général de la CGT, a écrit en décembre au maire pour regretter ce « déficit de dialogue » et demander un rendez-vous rapide. Dominique Boyer, de la Direction de l’action culturelle, évoque une « prochaine réunion de la mairie avec la Drac pour réamorcer une nouvelle tranche de travaux ». « Mais, à l’heure actuelle, le tour de table n’est pas bouclé entre les différents partenaires potentiels », la mairie, propriétaire, la Drac, le Conseil général et le Conseil régional. Du côté de l’Etat, les services de la Drac « attendent les conclusions de l’étude complémentaire demandée par la mairie, le maître d’ouvrage » : « Si tout va bien, on suivra. Mais nous ne sommes pas les décideurs. »

Une grande vétusté. En attendant, un filet couvre les façades. Le vent et la pluie continuent à s’infiltrer par des fenêtres récalcitrantes. Les murs gonflent d’humidité par endroits. Les stores d’origine sont bloqués. Un ascenseur affiche une panne qui dure. De grandes taches ornent nombre de plafonds, notamment au troisième étage. Désaffecté depuis août 2002 en raison des travaux du quatrième, l’étage du dessous a subi des infiltrations d’eau et des dégâts divers. Sa rénovation est nécessaire avant la réinstallation de différentes activités syndicales, logées actuellement par la mairie à Caudéran : tout ou partie des sols, murs, électricité, chauffage... Le quatrième étage attend, pour sa part, ses travaux de réaménagement. Pour l’heure, une poignée de pigeons occupent les lieux, bénéficiant d’une vue saisissante. Les premier et deuxième étages méritent un bon coup de peinture mais restent utilisées par divers syndicats comme la CGT-Poste, la FSU des enseignants ou la Confédération nationale du logement. Mais tous les usagers se plaignent de la lente dégradation de ce monument historique, classé le 19 juin 1998 après des années de procédures administratives.

Des richesses artistiques. Et pourtant, le bâtiment de Jacques d’Welles recèle des richesses artistiques surprenantes, et pas seulement sur la façade, où le bas-relief d’Alfred Janniot représente une allégorie de la métropole régionale. Le théâtre, fermé depuis des lustres, s’orne d’oeuvres d’artistes de l’école de Bordeaux : François Roganeau, Albert Bégaud, Camille de Buzon, André Caverne se sont inspirés des activités traditionnelles de la région, celles qui touchent au vin, au pin, au port, à l’architecture. Louis Bate a pour sa part rendu hommage à l’histoire du socialisme en sculptant dans le péristyle les médaillons de Proudhon, de Fourier et de Jaurès, accompagnés de citations. La symbolique ouvrière est partout dans cette maison des syndicats voulue par Adrien Marquet et attribuée à la CGT : depuis les grilles de façade énumérant tous les corps de métiers intervenus dans la réalisation de la Bourse jusqu’aux grilles d’ascenseur, aux poignées, hauts de porte en marqueterie, lustres, rampes d’escalier qui renvoient aux outils, au travail, à l’environnement. C’est aussi là que l’on trouve les trois croissants de lune enlacés représentant le port de la Lune, repris comme symbole de la ville de Bordeaux. A l’heure d’un possible classement à l’Unesco, utilisateurs du monument et amoureux de l’architecture sont nombreux à partager le point de vue de Michel Suffran : « Le pitoyable état de la Bourse honore peu notre ville. La dignité d’une communauté humaine peut se mesurer à l’attention qu’elle accorde à ses espaces publics. »


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